Archive for the ‘SOS mot en péril’ Category

Reprendre du poil de la bête…

Lundi, avril 6th, 2009

bouc_richelieu_x147.jpg www.pluct.fr

L’expression peut sembler curieuse de prime abord car, pour reprendre du poil de la bête, il faut en avoir déjà pris. En effet, à l’origine, telle était bien l’expression : “prendre du poil de la bête “. Il y a fort longtemps, à l’époque romaine semble-t-il, lorsqu’on se faisait mordre par un animal, la meilleure façon de soigner la blessure, croyait-on, était d’y appliquer une touffe du poil de la bête qui avait infligé la morsure. Quant à en reprendre une deuxième fois, l’histoire ne nous en dit rien.

Il n’en reste pas moins que “reprendre du poil de la bête” signifie aller mieux après avoir été malade ou en baisse d’énergie.

Puisque nous parlons de maladie et de bête, je veux vous raconter comment, quand j’étais toute petite, on faisait reprendre du poil de la bête aux enfants lorsqu’ils étaient malades.

Dans mon village du centre de la France, régnait, par sa prestance et son odeur, un vieux bouc noir qui remplissait le rôle respectable d’honorer toutes les chèvres de la région. Il se nommait Arthur et sa propriétaire l’aimait comme son enfant. Lorsqu’une épidémie rôdait dans la région, la maîtresse d’Arthur s’affairait à confectionner de petits sachets de coton qu’elle remplissait des poils de son bouc puis qu’elle fixait à un ruban. Elle passait ensuite dans les familles pour attacher au cou des enfants, le pendentif destiné à repousser les maladies. Je ne saurais dire si l’on croyait à la superstition, mais personne n’aurait osé s’y opposer et les enfants étaient obligés de porter l’amulette nauséabonde sous leur chemisette jusqu’à ce que l’épidémie s’éloigne ou que l’enfant malade soit guéri.

Dans la croyance populaire, le bouc, symbole de l’énergie vitale, avait un rôle protecteur et son odeur chassait les miasmes, les maladies et les mauvais esprits.

Après avoir porté au cou les poils d’Arthur, l’on était si impatient de retrouver le parfum de lavande de la toilette du matin que l’on reprenait très rapidement du poil de la bête !

Il n’y a pas le feu au lac

Lundi, mars 30th, 2009

001.JPG photo C. de Haller

Il n’y a pas le feu au lac : une expression qui est apparue en Suisse, sur les bords du Léman, au XVIème siècle et qui serait née indépendamment de l’expression simple il n’y a pas le feu.

Il faut vous dire que dans cette région d’où je vous parle, on a vraiment l’impression que le lac prend feu à la braise du soleil couchant et il en est ainsi depuis toujours.

En 1536, les Bernois ont envahi les pays de l’arc lémanique qui leur ont été assujettis jusqu’en 1798. Sous leur domination, le pays de Vaud s’est plié à un autre mode de vie et les ouvriers ont vu leur journée de travail s’allonger jusqu’au coucher du soleil. Pour remettre à l’ordre les récalcitrants, l’occupant bernois exigeait qu’ils travaillent tant qu’il n’y aurait pas le feu au lac…

Les Bernois repartis, l’expression « Il n’y a pas le feu au lac » avait essaimé dans tout le pays romand : on pouvait reprendre son souffle, prendre le temps de vivre, rien ne pressait, il n’y avait aucune urgence.

Je tiens cette anecdote de carnets de souvenirs de famille et je suis étonnée de n’en avoir trouvé trace nulle autre part. On m’a dit qu’elle était relatée dans certains livres d’histoire. En savez-vous quelque chose?

Au diable vauvert

Vendredi, mars 27th, 2009


Au diable vauvert : une expression dont l’origine n’est pas claire, de nombreux villages français en ayant revendiqué la paternité et les encyclopédistes s’étant montrés prudents pour en situer la source. L’expression au diable vauvert daterait du XVe siècle où vauvert s’est ajouté à l’expression déjà existante au diable qui signifiait « très loin ».

Cependant, il semble qu’envoyer quelqu’un au diable, c’est d’abord le congédier sans ménagement en le maudissant.
Vauvert signifiant vert vallon ou val vert, il s’agit donc de lieux en-dehors du périmètre des villes ou des zones habitées. Mais l’on constate, en se promenant tant dans les légendes que dans les provinces françaises, que tous ces lieux-dits étaient surtout des zones de marécages où l’on n’allait pas forcément en promenade d’agrément, des lieux en somme que seul le diable fréquentait.

C’est ainsi que vauvert est venu renforcer l’expression au diable et je trouve dommage que l’expression complète au diable vauvert ait été édulcorée au point de n’avoir gardé que la signification d’un endroit très lointain.

Pour ce qui est de l’expression au diable vert, certains lexicographes pensent qu’elle s’est imposée abusivement par déformation alors que d’autres l’admettent par le fait qu’elle aurait été utilisée par certains écrivains. Alors, si vous avez pris l’habitude de la locution au diable vert, sachez que vous ne faites pas de faute, bien que le Guide du Typographe romand la considère comme erronée.